Une équipe à l'aise avec le prompting partage ce qu'elle sait, à une condition : que sa hiérarchie la laisse faire.
Avec le Worklab, j'ai voulu mesurer le niveau réel de pratique de l'IA générative et ce qu'il change dans une équipe, entraide comprise. Les réponses parlent aux dirigeants autant qu'aux utilisateurs. Chaque chiffre de cet article vient des résultats publiés de l'édition 2025, méthode comprise.
Qu'est-ce que le Baromètre de l'IA au travail ?
C'est une enquête annuelle sur la pratique de l'IA générative au travail et sur ce qu'elle change dans les équipes. Je la mène avec le Worklab, cabinet de conseil et de formation créé en 2015 à Nantes et spécialisé dans le travail collaboratif, et avec Sacha Lopez, son fondateur.
Le questionnaire mesure 4 dimensions : la compétence en prompting, les comportements au travail comme l'entraide, la hiérarchie perçue avec le soutien de l'organisation, et l'attitude face à la confidentialité des données. Chacune se mesure sur une échelle de 1 à 7, gardée à l'identique d'une édition à l'autre pour comparer les années.
| Édition 2025 | |
|---|---|
| Répondants | 219 professionnels français |
| Collecte | Juin 2025 à janvier 2026 |
| Questionnaire | 20 questions sur une échelle de 1 à 7, en 4 dimensions |
| Analyses | Corrélations de Pearson et régression linéaire multiple |
| Effet de la hiérarchie | Test de modération (Z de Fisher) |
| Menée par | Jessy Martin, alors avec Pando Studio, et le Worklab |
Le panel penche vers l'expérience : 70 % des répondants ont 45 ans ou plus, et ils viennent de 15 secteurs d'activité. L'usage est déjà installé : 43 % utilisent l'IA générative tous les jours. Ils s'en servent d'abord pour la rédaction et la révision (84 %), la recherche d'informations (71 %), le brainstorming (63 %) et la traduction (26 %).
Le résultat central : la hiérarchie décide si la compétence circule
Dans les organisations perçues comme peu hiérarchiques, la compétence en prompting va de pair avec l'entraide spontanée : la corrélation atteint 0,52. Dans les plus hiérarchiques, elle descend à 0,14 et n'est plus significative. C'est le résultat majeur du baromètre 2025.
| Contexte | Corrélation | Significativité | Lecture |
|---|---|---|---|
| Peu hiérarchique | r = 0,52 | p < 0,001 | La compétence crée du collectif |
| Moyennement hiérarchique | r = 0,26 | p = 0,03 | Effet présent mais atténué |
| Très hiérarchique | r = 0,14 | Non significatif | Les gains restent individuels |
L'analyse porte sur 217 utilisateurs d'IA générative, répartis en 3 tiers selon la hiérarchie qu'ils perçoivent. L'écart entre les tiers extrêmes passe le test Z de Fisher (p < 0,01).
Former sans faire évoluer la culture garde donc les gains au niveau individuel. Les compétences se diffusent peu, et vos champions de l'IA restent isolés : ils deviennent des points de fragilité pour toute l'équipe.
Ce résultat rejoint ce que je répète à mes clients : un projet d'IA se joue dans l'organisation. L'IA amplifie ce que votre organisation permet déjà.
4 autres résultats de l'édition 2025
Les plus compétents partagent davantage
Parmi les 25 % de répondants les plus à l'aise avec le prompting, les profils très entraidants sont 3,3 fois plus nombreux que les profils individualistes : 33 contre 10. Le champion solitaire reste minoritaire.
Sur l'ensemble des utilisateurs interrogés, la compétence en prompting est liée à l'entraide (0,31), à l'initiative (0,31), à la persévérance (0,28) et à la défense de l'organisation (0,21).
Les plus prudents maîtrisent mieux l'outil
Les répondants qui limitent beaucoup ce qu'ils confient à l'IA, avec une note de 6 ou 7 sur 7, obtiennent un score moyen de prompting de 5,28 sur 7. Ceux qui limitent peu, avec une note de 3 ou moins, en restent à 4,54.
La vigilance sur les données accompagne la compétence : ceux qui comprennent les risques maîtrisent aussi le mieux l'outil. Les bons réflexes pour retirer les données personnelles avant de les confier à une IA sont dans IA et RGPD : comment anonymiser vos données personnelles.
Le prompting pèse 3 fois plus que le soutien de l'organisation
Dans le modèle qui explique la fréquence d'usage, la compétence en prompting pèse 0,65, contre 0,19 pour le soutien de l'organisation. La prudence sur les données joue en sens inverse, avec un coefficient négatif de 0,19.
Ces facteurs expliquent une partie de l'usage (R² de 0,19), d'autres entrent aussi en jeu. Des facteurs mesurés, la compétence est celui qui pèse le plus.
Le shadow IA naît d'un vide de cadre
8,2 % des répondants utilisent souvent l'IA dans une organisation qui leur inspire peu confiance et leur fournit peu de moyens. Le baromètre les classe en profils « shadow IA potentiel » : des usages non encadrés, avec des outils personnels ou des données sensibles.
Les moyens fournis par le manager pour utiliser les nouvelles technologies sont corrélés à la confiance dans la gestion des risques liés à l'IA (0,37). Quand l'entreprise équipe et forme, la confiance suit.
Ce que ces résultats changent pour vos projets d'IA
Le Worklab et moi en tirons 4 recommandations pour les dirigeants et les managers qui intègrent l'IA générative dans leurs équipes.
- Former au prompting en premier. C'est le facteur qui pèse le plus dans l'usage. Commencez par une formation courte sur vos cas d'usage métier, et mesurez le niveau avant et après.
- Faire de la place au partage. Prévoyez des rituels d'échange et reconnaissez le temps passé à aider un collègue. Vos champions de l'IA deviennent alors des relais pour toute l'équipe.
- Équiper les équipes pour réduire le shadow IA. Les usages non encadrés naissent de règles floues et d'un manque d'outils fournis. Fournissez des outils et écrivez des règles sur les données.
- S'appuyer sur les plus prudents. Ce sont aussi les plus compétents. Associez-les à la rédaction de votre charte IA : gouvernance et performance avancent ensemble.
Pour l'intégration dans une équipe, je m'appuie sur la méthode STEP de Paul Leonardi, présentée dans La méthode STEP : intégrer l'IA dans une équipe marketing.
Le prompting est la première marche. La suivante consiste à confier des tâches entières à des agents IA, et le questionnaire 2026 mesure cet usage pour la première fois.
Construire et piloter vos propres agents
La prochaine session Marketeur full stack : 21 heures pour construire et piloter vos agents sur votre propre production marketing, avec Claude Code.
Découvrir la sessionPourquoi répondre au questionnaire 2026 ?
Un résultat établi sur 219 répondants demande à être confirmé. L'édition 2026 reprend à l'identique les 20 questions de 2025 : c'est ce qui permettra de vérifier si l'effet de la hiérarchie sur l'entraide tient d'une année sur l'autre.
Elle ajoute 8 questions sur ce qui a changé depuis, autour de 4 thèmes :
- Les outils : ceux que vous utilisez au travail, et ceux que votre employeur fournit.
- Les agents et les automatisations : assistants personnalisés, agents qui enchaînent plusieurs tâches seuls, automatisations comme n8n ou Zapier, outils comme Claude Code ou Cowork.
- La formation reçue : aucune, en autoformation, par votre employeur ou par un organisme de formation, et sa durée.
- Le cadre de l'entreprise : charte IA, liste d'outils autorisés, règles sur les données, référent IA.
2 questions portent enfin sur l'usage d'outils d'IA personnels pour le travail et sur le temps que l'IA vous fait gagner chaque semaine.
À la fin, votre profil vous situe face aux 219 répondants de 2025 sur 2 axes, le prompting et l'entraide. Il vous range dans l'un des 4 profils : champion collaboratif, champion solitaire, relais en devenir ou explorateur.
Les réponses sont anonymes : le questionnaire n'enregistre ni votre nom ni votre adresse IP. Si vous laissez votre email pour recevoir les résultats, il est conservé à part et n'est jamais relié à vos réponses.
Toute personne qui utilise déjà l'IA générative dans son travail peut répondre, quels que soient son métier et la taille de son entreprise. La collecte ferme le 31 décembre 2026, et les résultats paraîtront fin janvier 2027 sur jessem.fr.
Comptez parmi les répondants de 2026
Le questionnaire prend 7 minutes et vos réponses restent anonymes. Votre profil s'affiche dès la dernière question.
Répondre au baromètre 2026Les limites de l'étude
L'échantillon n'est pas représentatif de la population active. Il penche vers l'expérience, avec 70 % de 45 ans et plus, et vers les extrêmes de taille : 38 % de grandes entreprises et 30 % de très petites structures.
Les résultats décrivent des liens entre variables, sans établir de cause. Une corrélation de 0,52 entre prompting et entraide dit que les 2 vont ensemble. Le sens du lien reste à établir.
Les corrélations portent sur les 217 répondants qui utilisent l'IA générative au travail. Je publie ces limites avec les chiffres, sur la page de méthode : elles font partie de ce qu'il faut savoir avant de citer l'étude.