L'IA amplifie ce que l'organisation permet déjà

Baromètre de l'IA au travail, édition 2025. Nous avons interrogé 219 professionnels sur leur pratique de l'IA générative, leurs comportements au travail et le cadre fixé par leur entreprise. La compétence en prompting nourrit l'entraide. La hiérarchie décide si elle circule.

Une étude menée avec le Worklab

Une personne à côté d'un grand baromètre dessiné à la main, entourée de collègues qui se passent des étincelles de lumière

219répondants à l'édition 2025

15secteurs d'activité

3paradoxes mis au jour

Des professionnels expérimentés et déjà utilisateurs

219 professionnels français ont répondu entre juin 2025 et janvier 2026. Le panel penche vers l'expérience : 70 % ont 45 ans ou plus. Les grandes entreprises et les très petites structures y sont bien représentées, et l'usage de l'IA est déjà installé : 43 % l'utilisent tous les jours.

43 %des répondants utilisent l'IA générative tous les jours
70 %ont 45 ans ou plus, un panel d'expérience
15secteurs d'activité représentés

Âge

  • 20 à 34 ans14 %
  • 35 à 44 ans18 %
  • 45 à 54 ans38 %
  • 55 ans et plus29 %

Taille de l'entreprise

  • 1 000 et plus38 %
  • Moins de 1030 %
  • 10 à 24921 %
  • 250 à 99910 %

Secteurs les plus représentés

Services aux entreprises32 %
Industrie13 %
Information et communication10 %
Numérique10 %
Services à la personne10 %
Finance et assurance6 %

Usages de l'IA générative

Rédaction et révision84 %
Recherche d'informations71 %
Brainstorming63 %
Traduction26 %
Programmation16 %
Part des 219 répondants. Plusieurs usages possibles par personne.

Paradoxe 1 : les experts de l'IA partagent davantage

Deux collègues côte à côte, l'un montre à l'autre son écran

L'IA générative a la réputation d'isoler : chacun son prompt, ses raccourcis, sa méthode. Les réponses de 2025 décrivent des utilisateurs avancés tournés vers leurs collègues. Plus un professionnel maîtrise le prompting, plus il aide ses collègues spontanément et prend des initiatives au-delà de son poste.

Lien entre compétence en prompting et comportements

Entraide0,31
Initiative0,31
Persévérance0,28
Défense de l'organisation0,21

Corrélations de Pearson, échelle de 0 à 0,6.

Parmi les 25 % les plus compétents en prompting

33 très entraidants10 individualistes

Parmi les répondants les plus à l'aise avec le prompting, les profils très entraidants sont 3,3 fois plus nombreux que les profils individualistes. Le champion solitaire existe, il reste minoritaire.

Former à l'IA revient à investir dans le collectif, là où l'organisation le permet.

Paradoxe 2 : les plus prudents sont les plus compétents

Une personne tient une lanterne contre elle et retient une pile de documents

Limiter volontairement ce qu'on confie à l'IA passe souvent pour un frein à l'adoption. Dans les réponses, ce sont les utilisateurs les plus avancés qui le font. La prudence est un marqueur de professionnalisme : ceux qui comprennent les risques maîtrisent aussi le mieux l'outil.

Score moyen de compétence en prompting selon la limitation volontaire des données

Limitent beaucoup (6 ou 7 sur 7)5,28
Limitent peu (3 ou moins)4,54
Score sur une échelle de 1 à 7.

Paradoxe 3 : la hiérarchie retient les bénéfices collectifs de l'IA

Un immeuble en coupe : un fil de lumière monte depuis le rez-de-chaussée et s'éteint à chaque plafond

C'est la découverte majeure de l'étude, et elle est statistiquement significative. Dans les environnements perçus comme peu hiérarchiques, la compétence en prompting va de pair avec l'entraide. Dans les plus hiérarchiques, ce lien devient faible et non significatif.

Choisissez un niveau de hiérarchie

0,52lien fort entre prompting et entraide

Pente du lien entre la compétence en prompting et l'entraide spontanée, selon la hiérarchie perçue. Corrélation de 0,52 dans les environnements peu hiérarchiques, 0,26 dans les environnements moyennement hiérarchiques et 0,14 dans les plus hiérarchiques. Compétence en prompting plus faible Entraide spontanée
Pentes standardisées du lien entre compétence en prompting et entraide spontanée, par tiers de hiérarchie perçue.
ContexteCorrélationSignificativitéLecture
Peu hiérarchiquer = 0,52p < 0,001La compétence crée du collectif
Moyennement hiérarchiquer = 0,26p = 0,03Effet présent mais atténué
Très hiérarchiquer = 0,14non significatifLes gains restent individuels
217 utilisateurs d'IA générative répartis en trois tiers de hiérarchie perçue (72, 72 et 73 personnes). L'écart entre les deux extrêmes est significatif (test Z de Fisher, p < 0,01).

Concrètement, former sans faire évoluer la culture garde les gains au niveau individuel. Les compétences acquises se diffusent peu, et les champions de l'IA restent isolés : ils deviennent des points de fragilité pour toute l'équipe.

L'IA révèle la culture d'une organisation. Elle amplifie ce que celle-ci permet déjà.

Ce qui fait utiliser l'IA au quotidien

Nous avons modélisé les facteurs qui expliquent la fréquence d'usage. La compétence en prompting pèse trois fois plus que le soutien de l'organisation. La prudence sur les données joue en sens inverse, sans effacer le lien entre prudence et compétence vu plus haut.

Poids de chaque facteur dans la fréquence d'usage

Compétence en prompting0,65
Soutien de l'organisation0,19
Prudence sur les données−0,19
Coefficients de régression linéaire multiple (R² = 0,19). Ces trois facteurs expliquent une partie de l'usage, d'autres entrent aussi en jeu.

Le levier le plus rapide : des formations courtes au prompting, orientées métier, avec des cas d'usage concrets et une mesure avant et après. C'est là que les données placent l'effet le plus fort, à condition de travailler en parallèle les conditions de l'organisation.

Le shadow IA naît d'un vide de cadre

Une personne seule à son bureau, éclairée par son téléphone, devant un enchevêtrement de lignes

Le shadow IA, ces usages non encadrés avec des outils personnels ou des données sensibles, est le symptôme d'un vide d'organisation. Quand l'entreprise ne fixe ni outils autorisés, ni règles sur les données, ni responsabilités, les collaborateurs s'adaptent. Ils prennent des risques, souvent sans le savoir.

8,2 % de profils « shadow IA potentiel »

Usage fréquent, faible confiance dans l'organisation et peu de moyens fournis. Une case pour 1 % des répondants.

Moyens fournis et confiance

0,37

Corrélation entre les moyens fournis par le manager pour utiliser les nouvelles technologies et la confiance dans la gestion des risques liés à l'IA.

La bonne nouvelle : quand l'organisation investit visiblement, en outils, en formations et en règles, la confiance suit. Le shadow IA se traite par l'équipement des équipes.

Ce que l'étude nous apprend

L'IA est un amplificateur

Une culture collaborative accélère le partage. Une culture hiérarchique crée des silos d'expertise.

Le prompting est un levier

C'est le meilleur prédicteur de l'usage et des comportements collectifs. Former au prompting revient à investir dans l'équipe.

La prudence est une force

Les profils les plus vigilants sur la confidentialité sont aussi les plus compétents. Gouvernance et performance vont ensemble.

Le management doit évoluer

Sans nouveaux rituels de partage ni reconnaissance de l'entraide, les gains de l'IA restent individuels et fragiles.

La méthode

L'étude a été menée auprès de 219 professionnels français entre juin 2025 et janvier 2026, par Jessy Martin, alors avec Pando Studio, et le Worklab, cabinet nantais de conseil et de formation en travail collaboratif, avec Sacha Lopez, associé et facilitateur. Le questionnaire couvrait quatre dimensions, chacune mesurée sur une échelle de 1 à 7 :

DimensionItems
Compétence en prompting4
Comportements citoyens au travail (entraide, initiative, défense de l'organisation, respect des règles, persévérance)5
Hiérarchie perçue et soutien de l'organisation8
Attitudes face à la confidentialité3

Les analyses s'appuient sur des corrélations de Pearson, des tests de modération (comparaison des corrélations par le Z de Fisher) et une régression linéaire multiple. Les corrélations portent sur les 217 répondants qui utilisent l'IA générative au travail.

L'échantillon n'est pas représentatif de la population active : il compte 70 % de 45 ans et plus, 38 % de grandes entreprises et 30 % de très petites structures. Les résultats décrivent des liens entre variables, sans établir de cause. L'édition 2026 reprend les mêmes questions pour suivre leur évolution.

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